La famille missionnaire Notre-Dame : une belle histoire ?

1944 - Un nouveau curé est nommé pour la paroisse de Saint-Pierre de Colombier.

Quelques mois plus tard, il fait venir auprès de lui quelques jeunes filles de bonne famille originaires comme lui de la région d'Annonay. Elles sont moins d'une dizaine et  la population les nomme bien vite : "les filles du foyer". Elles sont considérées comme les invitées du prêtre et ont une activité salariée. Bien vite, elles s'occupent de la catéchèse des jeunes colombiérois. 4 séances par semaine entre la poire et la reprise de l'école l'après-midi. Elles ne sont pas considérées comme des religieuses puisqu'il y en a de vraies ! Il y a en effet dans la commune, à quelques mètres du presbytère une école privée catholique avec 2 classes tenues par des religieuses de saint-Joseph. Les colombiérois quinquagénaires et plus se souviennent encore de soeur saint-Louis et soeur Solange et peut-être de celles qui les ont précédées. C'est peu dire que la fermeture de l'école privée en 1963 ne sera pas vu d'un mauvais oeil par le fondateur de la fmnd. Les paroissiens regrettent ce départ, lui voit l'opportunité d'investissements immobiliers : bâtiment de l'école et terrain attenant ainsi que la salle paroissiale Jeanne d'Arc.

Des évêques aux abonnés absents.

Si, comme le prétend l'adage tous les chemins mènent à Rome, pour les titulaires du siège épiscopal de Viviers, Saint-Pierre de Colombier sera une paroisse où nul chemin n'est censé conduire. Depuis quelques années cependant, il semble que la voiture de l'évêque soit dotée d'un GPS ce qui lui permet de faire des visites régulières à la famille.De mauvaises langues disent qu'en cette période de disette pour les finances de l'église catholique, la Providence -si prodigue à Colombier... (demandez à la fmnd comment elle vit financièrement...) saurait se montrer généreuse envers Monseigneur. 

Cette absence bienveillante de contrôle de l'autorité ecclésiastique, traitée ici sous forme humoristique, ne sera pas sans conséquences sur l'implantation de la communauté. Que dire de cette interrogation sortie de la bouche d'une paroissienne : "Notre curé n'est jamais muté ?" Si cette mutation s'était faite comme dans toute les paroisses de France et de Navarre nous n'assisterions pas aux dérives d'aujourd'hui, c'est à dire à la main-mise d'une communauté sur une commune. Bien sûr, chaque partie a son explication sur cette bienveillance... La communauté et ses adeptes vous diront qu'il faut y voir la volonté divine. Imparable pour clore un débat!

Le nouveau pasteur.

Les paroissiens -car le nouveau pasteur n'a pas été nommé sur une terre de mécréants -seront vite bouleversés par cette nomination. D'ailleurs, il n'y aura pas qu'eux qui seront bouleversés! Ils regretteront vite l'abbé Berland.Il faut dire que le nouveau est énergique et ne s'embarrasse pas de diplomatie. Le bâtiment église est aussi bouleversé. La tribune où les hommes aiment se retrouver est interdite d'accès. De quoi en éloigner quelques-uns de manière définitive de l'église. Une 2CV Citroën (dont celui qui fut un gamin espiègle se souvient encore des numéros d'immatriculation 452 AV 07) se retrouvera même garée devant l'autel sainte-Thérèse à droite en entrant ! Comment serait-elle arrivée là ? Un miracle ? Certainement pas ! A moins que la construction d'un garage obtenue ainsi puisse être considérée comme telle...

Une statue.

En cet été 1944, la France connaît les dernières semaines de l'occupation nazie.La petite communauté villageoise, si elle se trouve à une vingtaine de Kms d'Aubenas et des troupes occupantes est néanmoins bien concernée par le conflit mondial. Des jeunes colombiérois se trouvent en Allemagne prisonniers de guerre ou réquisitionnés dans le cadre du STO, d'autres réfractaires ou dans les maquis. Entre le 15 juillet et le 24 août 1944, il y aura 5 exécutions sommaires à Colombier. Tout le monde souhaite un retour rapide de la paix. C'est dans ce contexte qu'intervient le voeu de paroissiennes affiliées à la Ligue de l'Action Catholique des Femmes : ériger une statue de la Vierge si cette période se termine sans drame pour le village. Un colombiérois dit justement : c'est la Vierge des peurs.Le livre de Sylvain Villard : "L'oubli ou la face douloureuse de la Résistance en Ardèche" (pages 325 et 326 plus particulièrement) donne un aperçu de l'atmosphère de cet été 1944.
Cette statue sera l'oeuvre des colombiérois. Si la décision de construire une statue est prise par quelques femmes, la réalisation sera collective. D'abord par son financement. Ce sont toutes les familles qui vont répondre à l'appel de fonds lors de la quête organisée par les paroissiennes. Toutes les familles qu'elles soient pratiquantes ou non!
Quant aux "travaux pratiques" : réalisation de l'accès, travail autour de la statue, on le qualifierait aujourd'hui de chantier international ! En effet, des prisonniers de guerre allemands travailleront à la pelle et à la pioche au côté des paysans chez qui ils sont placés.
Ainsi, au delà de l'aspect proprement religieux, la réalisation de cette statue pourrait être aujourd'hui qualifié d'élément fédérateur de cette communauté villageoise.
Et aujourd'hui?
La communauté villageoise ne se reconnaît plus dans les comédies qui se jouent autour de cette statue.
La Vierge des peurs est devenue Notre-Dame des Neiges. Et maintenant que tous les acteurs directs de sa réalisation sont décédés, quoi de plus facile que de faire parler les morts ! Ainsi une quête réalisée à Annonay par le curé car à Saint-Pierre on n'avait pas suffisamment donné ? Peut-être répondre par une anecdote narrée par des octogénaires qui, à l'époque gamins, voient encore cette dame aisée (et membre de l'ACF) glisser une pièce d'or à son plus jeune fils afin qu'elle soit noyée dans le béton de la statue !
Que diraient ces aïeuls en voyant ces "pélerins" embrasser et baiser le rocher de granit au pied de la statue ?
Qu'auraient-ils dit en voyant ces drapeaux tricolores et ces autres roses ou bleues qui' après avoir tenté de diviser la France en ce printemps 2013 manifestaient sur le chemin et autour de la statue ?
Auraient-ils laissé cette croix gammée avec sa symbolique de haine, de racisme et d'anti-sémitisme (associée au nom d'un opposant au maire)  et bien visible du chemin de la statue pendant plusieurs mois polluer l'atmosphère communal ? (mais sans gêner apparemment les "pélerins"!) Cette statue qui disait non au nazisme !
La communauté villageoise a été dépossédé de sa statue comme de tous ses biens cultuels. Il n'y a guère plus qu'un petit groupe de personnes et les correspondantes de La Tribune et du Dauphiné Libéré qui veulent rester aveugle à cela.

Une frénésie immobilière.
L'histoire de la fmnd à St-Pierre, c'est aussi une saga d'urbanisation et d'acquisitions foncières et immobilières.
Elle se manifeste d'abord lors du départ des religieuse de St-Joseph . Elle récupère ainsi locaux et terrains (voir 1er paragraphe). En lui vendant une partie du terrain attenant au presbytère et en joignant à cette vente une autorisation d'urbaniser la parcelle, le conseil municipal
Ensuite, dans les années 70, la commune lui vendra une parcelle de terrain relevant du presbytère. La mairie lui accorde aussi le droit d'y construire. Ce droit étant assorti d'un engagement tacite à ce que la fmnd emploie des artisans locaux... Le premier adjoint qui a suggéré cet arrangement en sera le premier bénéficiaire. Désormais c'est son entreprise de maçonnerie qui travaillera pour la communauté !
Puis ce sera aussi, des acquisitions ou des donations de maison dans le bourg (une dizaine à ce jour). 
Aujourd'hui, la stratégie de la fmnd semble avoir changé. Ce sont des personnes privées (familles de religieux et religieuses) qui font ces acquisitions dans le bourg mais aussi dans certains hameaux. Cela lui permet de disposer de lits qui renforcent son potentiel d'accueil sans certains inconvénients (impôts, taxes, ...).
Comme il n'est pas de vocation sans biens (les anecdotes fourmillent à ce sujet!), son patrimoine immobilier sera proportionnel au nombre de postulants au voeu de pauvreté...
Ainsi, pendant plusieurs décennies, la réalisation de nouveaux bâtiments, la rénovation ou l'agrandissement d'autres existants apportera une activité économique certaine dans la commune en particulier pour les artisans du bâtiment.
Mais voilà qu'aujourd'hui les frères sont devenus bâtisseurs. La communauté réalise en autarcie la quasi-totalité des travaux. Les engins de chantier achetés pour l'occasion sont ensuite revendus sur "le bon coin" ou ailleurs. En autarcie et sans s'encombrer des règles et règlements en vigueur. Dans ce domaine aussi, la fmnd ne semble, jusqu'à ce jour, n'avoir des comptes à rendre qu'à son Dieu... Alors, sur ces chantiers, on peut voir des frères bien sûr mais aussi des "travailleurs saisonniers" -jeunes qui viennent donner un coup de main aux frères... Avec ou sans casque, peu importe, tout ce monde est sous la protection divine...
Si un projet de construction est rejeté, qu'à cela ne tienne! Le terrain agricole prévu deviendra terrain de jeu et parking... Et même si au début de la route communale qui le dessert trône un panneau d'interdiction aux véhicules de plus de 6T, une douzaine d'autobus s'y gareront les jours de pélerinage.
Parfois aussi, si se présentent quelques problèmes techniques par exemple, de bonnes âmes viennent épauler les frères. Là, il y a aussi la protection de la mairie car ces "aides" sont souvent élus ou très proches... la présence physique d'un adjoint vaut par exemple droit de creuser une tranchée sur une route communale. On enterrera en vitesse cables et gaines électriques ainsi que tuyaux d'eau potable... EDF et SAUR, circulez, il n'y a rien à voir!

Une famille bien envahissante.
La cohabitation communauté-population n' a jamais été un long fleuve tranquille (voir le nouveau pasteur). Mais la taille de la communauté est réduite et stable (moins d'une dizaine de femmes jusque dans les années 70) et tous ses membres sont parfaitement identifiés et intégrés. La communauté se crée un patrimoine immobilier et la population n'en discerne pas les tenants et les aboutissants. Les pratiques cultuelles sont discrètes et se confondent avec celles d'une paroisse ordinaire. Le curé, au prétexte que l'église n'est pas remplie et surtout difficile à chauffer l'hiver, demande la création d'un lieu de prière dans le presbytère. Ce sera la crypte. Nous sommes loin des démonstrations prosélytiques d'aujourd'hui.Les foyers ne s'aventurent pas au-delà du département (Privas, Saint-Montant, ...). C'est vrai qu'ils ne se revendiquent pas encore missionnaire...
Dans les années 70-80, les évènements vont prendre une autre tournure. Les effectifs croissent régulièrement (jusqu'à 8 par an) pour atteindre plus de 130 personnes. La communauté devient mixte avec le recrutement d'hommes (septembre 1975). Celà va permettre aux religieux de devenir "missionnaires" dans toute la France mais aussi à l'étranger. La Bretagne est prisée avec Le Grand Fougeray et Vannes (plus exactement à Arrandon à quelques mètres de l'Université Catholique de l'Ouest Bretagne, ... vivier de "vocations"!). Des 2 côtés du Rhin aussi avec Sélestat et Litzeberg Kapelle en Allemagne. Provence - Côte d'Azur est une destination plus récente avec Marseille, Trans, Cannes, Sainte-Maxime. Là, on n'est pas dans la recherche de public jeune mais d'un public plus argenté (et pas seulement des cheveux...). Dans le même registre, implantation à Biarritz... Pour Rome, on n'est peut-être pas plus près du bon Dieu, mais pour le lobbying au Vatican il n'y a pas mieux...
Ces implantations ne sont pas anodines et permettent de mieux cerner le concept missionnaire de la fmnd. Les jeunes, l'argent, le pouvoir. 

L'argent.
Problème tabou à la fmnd.Si parmi les voeux d'entrée il y a celui de pauvreté, il n'engage que les religieux en tant que personne pas l'institution. Sujet tabou et opaque plus encore! Qu'y a-t-il derrière cette Providence ? (Interrogez un frère ou une soeur pour leur demander où trouvent-ils l'argent... Invariablement la même réponse : la Providence...). Les gens qui donnent de la nourriture -fruits et légumes- dans un territoire sans paysans ? Peu importe, c'est un cliché qui attendrit... Les dons ? Que de pièces jaunes seraient nécessaires à leurs opérations immobilières ! Les dots des familles de religieux entrent aussi en ligne de compte.Certains diraient qu'il faut entendre sonner les pièces sonnantes et trébuchantes pour avoir la vocation... De mauvaises langues ? Pas sûr... Les colombiérois de souche ont en mémoire quelques cas qui montrent l'importance de ce critère...
Et puis il y a la législation avec une fiscalité assez bienveillante envers les communautés religieuses . Ici, on peut réaliser des milliers de nuitée et de repas. Pas d'impôt, pas de taxe de séjour, ...
Et puis, quand cela ne suffit pas, il est facile de tricher et de minorer ses biens. La fmnd peut compter depuis 2001 sur le maire et ses adjoints pour fermer les yeux et lui faciliter les choses.

Le pouvoir.
La fmnd, institut de vie consacré, peut à ce titre être classé dans le clergé régulier. Mais ici, point de religieux cloitrés . On vit plutôt dans le siècle même si le supérieur n'hésite pas à accuser la sécularisation du clergé de tous les maux (

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